Épisode 4 : Grandir trop vite, l'envers du décor

Épisode 4 : Grandir trop vite, l'envers du décor

Chères amies lectrices,

On se retrouve pour ce nouvel épisode. La dernière fois, je vous racontais l’épisode Covid. Cette période complètement folle qui a été un véritable tournant pour Ginette Garde. Un tremplin, même.

En quelques mois, la marque a grandi à une vitesse que je n’aurais jamais imaginée. Les commandes explosaient, les nouveautés s’enchaînaient et moi, j’étais portée par une énergie incroyable. À tel point que je me voyais déjà à la tête d’une grande entreprise. J’avais mille projets pour Ginette et je me disais : “C’est mon moment. Et je ne vais surtout pas laisser passer le train.”

Sauf qu’avec le recul, je réalise que cette période était complètement hors du temps. Presque un mirage. Et je pense sincèrement que nous avons été nombreux à nous faire prendre dans cette illusion.

Il faut se remettre dans le contexte : le monde entier était confiné. Plus aucun commerce n’était ouvert. Les grandes enseignes, celles qu’on voyait partout, se sont retrouvées brutalement à l’arrêt et beaucoup n’avaient pas encore réellement développé leur e-commerce. Puis il y avait nous, les petites marques nées sur les réseaux sociaux. Les marques 100 % digitales, celles qui savaient déjà vendre en ligne et parler directement à leur communauté.

Vous ne pouviez plus acheter en boutique… mais vous pouviez toujours acheter sur internet. Et c’est là que tout a explosé pour Ginette Garde. Alors, est-ce que c’était de la chance ? Je ne sais pas. Mais être là, au bon moment, ça, c’est certain.

Le premier confinement se termine et je suis complètement débordée. Je structure l’entreprise, je prends des bureaux, j’agrandis l’équipe, les productions grossissent et les ventes continuent d’augmenter. J’ai l’impression d’être au sommet de mon ascension. Puis arrive le deuxième confinement. Mais cette fois, il ne fait plus peur. Vous êtes toujours au rendez-vous et entre-temps, tout avait changé : je ne vous proposais plus seulement quelques modèles, mais de vraies collections. Il y avait une adrénaline incroyable.

Et puis les mois passent. Le deuxième confinement se termine, les commerces rouvrent doucement, les voyages reprennent, les restaurants se remplissent à nouveau… bref, la vraie vie revient. Et ça, je ne l’ai pas vu arriver tout de suite.

Parce qu’en réalité, pendant toute cette période, nous étions dans une parenthèse. Une période où les gens consommaient différemment et où un immense mouvement de solidarité s’était créé autour des petits commerces et des petites marques. Mais forcément, à un moment, tout a repris son cours normal. Les budgets ont changé, les priorités aussi. Les vacances, les sorties et les projets ont repris leur place.

Et là, les montagnes russes de l’entrepreneuriat ont commencé. Les ventes ont commencé à baisser progressivement. Pas parce que la marque ne plaisait plus, mais simplement parce que cette période exceptionnelle était terminée.

Sauf que moi, entre-temps, j’avais construit une entreprise basée sur des chiffres qui n’étaient finalement pas la réalité. Comme beaucoup d’entrepreneurs à cette période, j’avais vu trop grand, trop vite. Nous faisions encore de beaux chiffres, mais mes charges, elles, étaient restées énormes.

Alors j’ai dû prendre des décisions difficiles. Et la plus difficile de toutes a été de licencier. Je peux vous dire que j’ai détesté ça. Au point d’en pleurer. Parce qu’à ce moment-là, même si l’entreprise avait grandi, je n’avais pas encore de RH pour gérer ce genre de situation à ma place.

Mais entreprendre, c’est aussi ça : savoir regarder la réalité en face. Comprendre que rester dans le déni ne sauve jamais une entreprise. Alors j’ai restructuré, réduit, réorganisé pour pouvoir continuer. Et si je devais le refaire, je le referais.

D’ailleurs… j’ai dû prendre d’autres décisions difficiles par la suite, mais pour des raisons bien différentes.

Dans le prochain épisode, je vous raconterai le Prud’hommes que j'ai traversé. Comment je l’ai vécue, ce que ça m’a appris, et surtout cette réalité dont on parle peu : les patrons ne sont pas toujours les méchants de l’histoire. Parfois, eux aussi peuvent se retrouver victimes de certaines situations.

Et croyez-moi… cet épisode-là aussi mérite d’être raconté.

À très vite,
Manon

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