Épisode 2 : Ma première production
La première d'une longue série.
Chères amies lectrices,
La dernière fois, je vous racontais comment j’avais lancé la marque avec mes 5 000 €. Aujourd’hui, je vous raconte ma toute première production. Celle qui a failli tout arrêter.
Tout commence avec mes premiers dessins. Je vous rassure : je ne suis pas une grande dessinatrice. Mais mes croquis étaient assez clairs pour expliquer mes idées pour ma première collection. Prochaine étape : trouver un atelier… et du tissu. Je commence mes recherches sur Google, sur des forums… et oui, ChatGPT n’existait pas encore.
Je finis par trouver quelques adresses. Première mission : les marchands de tissus. Je sélectionne mes premiers mètres avec beaucoup d’enthousiasme. Ensuite, rendez-vous avec un atelier. J’arrive très fière avec mes dessins et mes petits bouts de tissu accrochés à chaque croquis, un peu comme dans les films. La réalité fut légèrement différente. Il regarde mes dessins et me dit : “Il me faut des fiches techniques. Tes dessins sont mignons, mais on ne peut pas travailler avec ça.”
Autant vous dire que j’ai perdu tous mes moyens. Et je l’avoue, j’étais vexée comme un pou. Mais finalement il comprend vite que je ne suis pas du métier. Je lui montre des photos des modèles qui m’inspirent. Là, tout change. Il prend un bloc, redessine mes modèles, corrige certaines choses, améliore les coupes. Pour moi, c’était de véritables œuvres d’art. Un mois plus tard, je découvre mes premiers prototypes… et là c’était magique. Tout ce que j’avais imaginé dans ma tête existait enfin. Ma toute première collection.
Je pensais que le plus dur était derrière moi. Spoiler : pas du tout.
Quand je retourne acheter les rouleaux de tissu pour produire ma collection, j’apprends une chose essentielle : les tissus que j’avais choisis étaient des fins de rouleaux. Plus aucun stock. Ma collection ne pouvait tout simplement pas être produite. Heureusement, le marchand de tissus me parle d’un salon : Première Vision, le grand salon du tissu où les fournisseurs du monde entier se retrouvent. Coup de chance, il avait lieu la semaine suivante.
Je m’y rends et je découvre un monde totalement nouveau : des centaines de stands, des milliers de tissus, des discours techniques que je ne comprends pas toujours. Je voulais qu’on me prenne au sérieux, alors j’avais retenu deux ou trois mots techniques pour ne pas passer pour une totale novice. Je commence à arpenter les allées, je prends des cartes, je regarde les tissus… et je tombe sur une femme adorable sur un stand. On discute, je lui explique que je me lance, que je découvre ce métier. Elle me prend un peu sous son aile.
Et elle me dit quelque chose qui va changer la suite de l’histoire : “Tu devrais produire à l’étranger, les prix sont beaucoup plus intéressants.” Elle me donne quelques contacts. Je les appelle. Les deux premiers ateliers me parlent de quantités impossibles pour moi. Le troisième, en Tunisie, me dit oui.
Je prends l’avion pour les rencontrer. L’accueil est chaleureux, ils me montrent l’atelier, les couturières, leur savoir-faire. Je me sens en confiance. Je leur confie mes modèles, mes économies et mon petit bébé. Trois à quatre semaines de production, me disent-ils.
Pendant ce temps-là, je rentre à Paris et je travaille sur le reste : créer le site, choisir les packagings, réfléchir à l’identité de la marque. Un mois et demi plus tard, le camion arrive enfin devant chez moi. Avec mon mari, nous montons les cartons dans mon salon qui me servait de bureau. J’ouvre le premier carton, les chemises… et là quelque chose me semble étrange. Je prends un 36, puis un 42, je les superpose. Exactement la même taille.
Je me dis que c’est sûrement une erreur d’étiquette. J’en ouvre d’autres. Mais non. Toutes les tailles sont identiques. Et ce n’était pas le seul problème. Certaines pièces étaient mal cousues, une manche plus longue que l’autre, une jupe plus courte derrière que devant, et même un pantalon avec un trou dans la jambe… caché avec un morceau de scotch.
Je me suis sentie naïve, stupide, et ruinée. J’ai beaucoup pleuré pendant plusieurs jours. J’avais à peine commencé que tout semblait déjà terminé.
Puis je me suis reprise. Tout n’était pas à jeter. Alors j’ai repris chaque pièce une par une. J’ai tout vérifié au millimètre près. À la fin de la journée, j’avais suffisamment de pièces correctes pour vendre. J’ai décidé de les vendre en taille unique, en espérant récupérer au moins mon investissement.
J’organise alors mon premier shooting. Une de mes meilleures amies devient modèle femme et ma fille modèle enfant, car ma première collection était pour femmes et enfants. Je me transforme en maquilleuse, coiffeuse, photographe, vidéaste et monteuse. Et d’ailleurs, aujourd’hui encore, c’est moi qui monte toutes nos vidéos.
Tout est prêt. Le 5 juillet, le site ouvre enfin. La veille, mon mari m’avait dit : “Si une vraie cliente ; pas une amie, pas la famille, quelqu’un que tu ne connais pas achète, je t’emmène boire un verre au Raphael.” Et vous savez quoi ? Ce n’est pas une cliente qui a acheté… mais dix.
Grâce à cette première collection, j’ai réussi à récupérer mon investissement. Et surtout, j’ai pris une décision : plus jamais ça. Je voulais produire près de moi, comprendre chaque étape, voir mon atelier.
C’est comme ça que je suis passée au made in France. Et finalement, cette catastrophe a été le début d’une très belle histoire. Parce que parfois, les plus grosses erreurs deviennent les meilleures décisions.
Dans la prochaine newsletter, je vous raconterai les années Covid et post-Covid. Une période qui aura été un tremplin… mais aussi de sacrées montagnes russes.
À très vite,
Manon 🤍