Épisode 3 : L’année Covid
Une année (vraiment) pas comme les autres
Chères amies lectrices,
On se retrouve pour l’épisode 3. Aujourd’hui, je vous raconte l’année Covid. Celle qui, à l’époque, devait mettre un point d’arrêt à ma marque… et qui s’est révélée être mon plus grand tremplin.
Cela faisait à peine un an que j’avais lancé Ginette Garde. Je sortais une nouveauté par semaine, que je présentais en photo et en vidéo. À cette époque, les applis de montage étaient encore très simples. Les contenus étaient bruts, spontanés, avec des “euhhhh” à n’en plus finir… mais c’était plus authentique. Il n’y avait pas cette pression du contenu parfait, pas cette course aux trends. Il y avait de la place pour tout le monde. Même les influenceurs étaient différents : plus accessibles, plus sincères. On sentait qu’ils aimaient vraiment les produits qu’ils partageaient. On était loin d’aujourd’hui, où tout le monde parle des mêmes marques, au même moment.
Mais revenons à ce moment précis. Premier jour de confinement. Annonce générale : le monde s’arrête. Et moi, je me dis que ma marque aussi. Tout ce que j’avais construit allait s’arrêter.
Puis mon chef d’atelier m’appelle : “Manon, au besoin, nous restons ouverts.” Et là… tout change. Je me dis que tout n’est peut-être pas perdu. Encore fallait-il trouver du tissu. Je pense à un fournisseur. La première fois que j’y étais allée, il m’avait à peine regardée. Aujourd’hui, c’est presque devenu la famille. Comme quoi… dans ce milieu, il faut être persévérante. Je l’appelle. Il me dit qu’il peut me vendre ce qu’il a en stock, mais qu’il ne peut rien recommander à cause de la pandémie. Pour moi, c’était suffisant. C’était reparti.
Ni une ni deux, je fais nos autorisations de sortie (quand j’y repense, ça paraît presque irréel). Mon mari m’emmène en moto à travers Paris. Une image que je n’oublierai jamais : Paris vide, la place de la Concorde silencieuse. C’était fou… et si beau. On arrive chez le fournisseur, rideaux fermés. Je choisis mes tissus comme une clandestine. J’avais l’impression d’être hors-la-loi. C’était assez excitant. Puis direction l’atelier. Je lance les nouveaux modèles que je présenterai chaque semaine, comme je le faisais déjà.
Mais une question se pose : quoi raconter pendant que le monde parle de pandémie et d’angoisse ? Je me dis qu’il faut faire l’inverse. Apporter du simple, du léger. Je lance alors les rendez-vous morphologie : j’explique comment porter une pièce selon sa silhouette. Et surtout, je défends une idée qui ne m’a jamais quittée : on peut tout porter. Tout est une question de volume, d’équilibre.
Et là… tout s’accélère. Les abonnés arrivent. Les commandes aussi. Mes stocks se vident à une vitesse folle. Pendant ce temps-là, mon mari voit son activité s’arrêter net (il travaille dans le tourisme). Zéro réservation, zéro revenu. Le stress est énorme. Alors il m’aide. Après avoir géré les enfants, l’école à la maison (petit moment de solitude… les maîtresses et maîtres ne m’ont jamais autant manqué), je prépare mes modèles, mes photos, mes vidéos… puis le soir, on se retrouve tous les deux dans le salon à préparer les commandes. Parfois jusqu’à 2 ou 3 heures du matin, pour pouvoir les envoyer le lendemain.
C’était intense. Fatiguant. Mais incroyable. J’avais cette sensation de porter ma famille… et j’adorais ça. J’étais inquiète, bien sûr, mais j’étais fière. Fière de cette indépendance. Fière de construire quelque chose dans un moment où tout semblait s’écrouler. Je continuais mes contenus, je récupérais mes modèles, je lançais mes nouveautés… et les commandes s’amplifiaient.
C’était mon moment. Un moment qui a duré. On a atteint des chiffres que je ne fais même plus aujourd’hui. Et parfois, je me demande : où sont passées ces clientes ? Pourquoi ne commandent-elles plus aujourd’hui ? Est-ce que ça ne leur plaît plus ? Est-ce qu’elles consomment différemment ? Je me pose encore la question. Cette remise en question ne s’arrête jamais.
Parfois, j’aimerais revenir à cette période. Mais je sais que ce ne sera jamais pareil.
Je m’arrête là pour aujourd’hui. Dans la prochaine newsletter, je vous raconterai la suite : le post-Covid. Et croyez-moi… il y a beaucoup à dire.
À très vite,
Manon