Épisode 5 : Mon prud'hommes

Épisode 5 : Mon prud'hommes

Chères amies lectrices,

On dit souvent que l'entrepreneuriat est une aventure faite de hauts et de bas. Je crois que c'est vrai. Mais ce que l'on dit moins, c'est que certaines difficultés ne concernent ni les ventes, ni la trésorerie, ni même l'entreprise. Elles vous touchent personnellement.

L'histoire que je vais vous raconter aujourd'hui fait partie de celles-là.

J'aimerais pouvoir vous raconter chaque détail, chaque échange, chaque moment. Mais certaines histoires appartiennent à plusieurs personnes et certaines choses doivent rester à leur place. Alors aujourd'hui, je vais simplement vous raconter comment moi, je l'ai vécue.

Mon prud'hommes.

Le premier et, je l'espère sincèrement, le dernier.

Cette histoire commence avec une personne en qui j'avais une confiance immense. Une de ces personnes que l'on rencontre rarement dans une vie professionnelle. Quelqu'un avec qui l'on partage tout : les réussites, les galères, les doutes, les rêves.

Dans une petite entreprise, les liens sont différents. On ne travaille pas simplement ensemble, on avance ensemble. Cette personne était devenue mon bras droit.

Et puis un jour, quelque chose s'est cassé.

Pas d'un coup. Pas dans une grande explosion. Plutôt comme une fissure qui apparaît lentement dans une vitre. Au début, on ne veut pas la voir. Puis elle grandit. Jusqu'au moment où l'on comprend qu'on ne pourra jamais revenir en arrière.

J'ai alors pris une décision qui me semblait être la plus raisonnable pour tout le monde : nous séparer de façon simple, respectueuse et apaisée. Je pensais sincèrement que nous allions tourner la page avec intelligence. Je me trompais.

À cette période, j'étais enceinte de sept mois de mon troisième enfant. Physiquement, j'étais fatiguée. Émotionnellement, encore plus.

Je me souviens des nuits où je dormais mal. De cette boule dans le ventre qui venait s'ajouter à celle de mon bébé. Je me souviens des larmes aussi. Parce qu'à ce moment-là, je ne vivais pas seulement un conflit professionnel. Je vivais un chagrin.

Le chagrin de voir une relation de confiance s'effondrer. Le chagrin de découvrir qu'une personne que l'on croyait connaître peut parfois devenir une étrangère.

Puis la procédure a commencé. Les avocats. Les courriers. Les accusations. Les dossiers. Moi qui avais créé Ginette Garde avec tant d'amour, je passais désormais mon temps à me défendre, à expliquer, à justifier, à prouver.

Et le plus difficile n'était même pas la procédure, c'était la solitude.

Parce qu'un entrepreneur porte déjà beaucoup de choses. Mais lorsqu'une situation comme celle-ci arrive, on a parfois l'impression de porter le poids du monde sur ses épaules.

Je me souviens être arrivée un jour dans mes bureaux avec mon gros ventre de femme enceinte. Et je me suis sentie étrangère dans l'entreprise que j'avais créée.

Cette sensation-là, je ne la souhaite à personne. Je faisais attention à chaque mot, chaque phrase, chaque décision. Comme si tout pouvait être mal interprété ou se retourner contre moi.

Cette période a cassé quelque chose en moi. Pas ma détermination. Pas mon envie d'entreprendre. Mais une forme de naïveté.

Cette croyance que la confiance suffit toujours. Cette conviction que lorsque l'on agit avec sincérité, tout finit forcément bien. J'ai compris ce jour-là que l'on pouvait être une bonne personne et malgré tout vivre des situations profondément injustes.

Jusqu'alors, je pensais être forte face à tout. Après tout, j'avais créé une entreprise, traversé des difficultés, pris des risques, porté des responsabilités importantes. Mais cette histoire m'a montré mes fragilités.

À cette période, j'avais souvent l'impression de devoir tenir bon pour tout le monde : pour mon entreprise, pour mes équipes, pour mes clients, pour ma famille.

Alors que, parfois, au fond de moi, j'avais simplement envie que quelqu'un me dise que tout allait bien se passer.

Cette histoire m'a changée. Elle m'a rendue plus prudente. Plus forte aussi.

Avec le recul, je ne regrette rien. Parce que chaque épreuve finit par nous apprendre quelque chose. Et celle-ci m'a appris à poser des limites, à écouter davantage mon intuition et à comprendre que faire confiance est une force, mais que protéger son entreprise en est une autre.

Après des mois de stress, de doutes et d'énergie dépensée, la décision rendue est finalement revenue à ce qui était prévu dès le départ. Quand j'y repense aujourd'hui, je me dis parfois que tout cela aurait pu être évité.

Je sais que ce sujet peut faire débat et que certains ne partageront peut-être pas mon point de vue. Et c'est parfaitement respectable.

Aujourd'hui, je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit. Je voulais simplement vous raconter un morceau de mon histoire.

Parce qu'on partage souvent les succès. Mais les blessures font aussi partie du voyage.

Merci de m'avoir lue.

À très vite,

Manon

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